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Cette page rassemble l'entretien complet paru dans Nevad'Art ainsi que l'ensemble des regards critiques portés sur le travail de Katherine Roumanoff — articles, citations de curateurs et de journalistes. Un extrait est aussi présenté en fin de page Professionnels.

Communiqués de presse

Carte Blanche — Ville de Trélazé, 13 février–1er mars 2026

Katherine Roumanoff — Portraits textiles au féminin – Jardins intérieurs. Exposition Carte Blanche, Les Anciennes Écuries, espace d'art contemporain, Trélazé. Vernissage le jeudi 12 février 2026 à 18h30. Ouvert de 14h30 à 18h30 (fermé le lundi). Entrée libre.

Au cœur de l'exposition Carte Blanche, les portraits textiles de Katherine Roumanoff rassemblent plus de trente années de recherche autour du visage, du féminin et des paysages intérieurs. Ici, le visage devient territoire intime, surface de projection et lieu de mémoire, mais aussi espace vivant où l'humain et le végétal entrent en résonance.

L'artiste découpe directement dans la matière, sans esquisse préalable. Les figures émergent comme surgissent un rêve, une sensation ou un souvenir enfoui. Chaque tissu porte une histoire, chaque motif une mémoire, chaque couleur une vibration affective. Ces portraits ne décrivent pas des individus identifiables, mais des états d'être, des manières d'habiter le monde, des climats intérieurs.

Dans les œuvres les plus récentes, les cheveux, les coiffes et les parures se chargent de feuillages, de fleurs et de motifs foisonnants. Cette abondance visuelle devient le signe d'une puissance de vie, d'une force organique qui traverse autant le végétal que l'humain. Les figures semblent couronnées de nature comme d'une seconde peau, libre, vibrante, intuitive.

Ces parures végétales évoquent la renaissance, la régénération, l'élan vital malgré les blessures. La couleur envahit l'espace, la matière déborde, et chaque œuvre affirme une joie persistante, une manière pour le vivant de continuer à croître. L'ornement devient langage. Il raconte une réconciliation sensible avec la nature, une conscience du corps comme forme de croissance, de métamorphose et de cycle.

Les portraits sont composés de textiles réemployés : étoffes décoratives, fragments d'ameublement, matières chargées de mémoire. Katherine Roumanoff prolonge leur histoire, leur offre une nouvelle trajectoire. Le passé des tissus devient énergie présente.

Ces figures disent la part vivante de chacun. Celle qui persiste, s'entête, se relève. Derrière chaque visage, quelque chose croît encore, cherche la lumière et invente sa propre floraison.

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Portraits cousus de sens et de lumière

Entretien avec Katherine Roumanoff — Nevad'Art, automne 2025

Depuis trente ans, Katherine Roumanoff vit et travaille au bord de la Loire, à proximité d'Angers. Artiste pluridisciplinaire, tour à tour designer, illustratrice et autrice, elle puise dans son amour profond des tissus pour composer des personnages en quête de réconciliation.

Katherine, pour avoir matière à création, vous collectionnez des tissus venus des quatre coins du monde. Comment est née cette passion pour les textiles ?

Je porte un amour profond et ancien pour les tissus. Dans les années 70, mes parents importaient des vêtements et objets de décoration orientaux ; je portais des gilets matelassés brodés, et je jouais à la marelle sur des tapis d'Afghanistan. Je suis fascinée par les motifs, les arabesques qui répliquent des formes végétales. La symétrie parfois, la répétition toujours, les pleins, les vides, les déliés. Les matières peuvent renvoyer des couleurs extraordinaires. Aussi, le tissu parle des êtres humains, des savoir-faire, des cultures, de la transmission, des intentions, de la richesse, de la démonstration d'opulence ou de sobriété. Le textile est un langage. De la naissance au linceul, il nous enveloppe, nous protège, nous accompagne.

Vous avez abandonné vos pinceaux il y a trente ans, le tissu peut-il tout exprimer ?

En tant que designer, j'ai dessiné des motifs textiles, mais c'est en créant des costumes de théâtre que tout a commencé. J'ai corrélé les couleurs, les matières et les motifs avec les caractères des personnages. Les costumes servaient de décor et de messages pour transmettre aussi les intentions du metteur en scène. J'ai gardé de cette expérience l'idée de figure dont la personnalité est révélée par le choix des matières, des couleurs et des motifs. J'avais composé ma palette textile auprès des éditeurs de tissus d'ameublement comme Edmond Petit, Manuel Canovas, Boussac, Rubelli, Pierre Frey. Impossible de jeter les chutes de ces véritables merveilles : c'est avec elles que j'ai commencé à créer des portraits textiles.

Je découpe directement dans la matière comme Matisse avec ses papiers découpés, sans dessin préalable. Et j'assemble. Ce qui est pratique évidemment avec le collage, c'est que l'on peut faire beaucoup d'essais avant de trouver une composition.

Une simple morceau de tissu est porteur d'une multitude d'informations. Un velours renvoie la couleur selon son orientation, ce qui n'est pas le cas d'un tissage qui absorbe la lumière. Les tissus sont aussi porteurs de l'époque où ils ont été inventés : une toile de Jouy nous transporte dans le boudoir d'un château, des petits motifs géométriques et répétitifs nous emmènent dans une époque plus récente. La juxtaposition des formes découpées de petites tailles ou en grandes masses, la mixité des motifs, les couleurs disposées en camaïeux ou en tension offrent des possibilités infinies, je questionne la matière et les codes et complète par des ajouts de peinture.

Vous êtes hypnopraticienne. Votre pratique de l'hypnose influence-t-elle votre travail ?

Oui, à plusieurs niveaux. Quand je crée, je suis sans doute proche d'un état de transe : j'ai la sensation de me laisser guider par les matières, les motifs, les couleurs.

L'hypnose m'a aussi permis d'approfondir ma connaissance des mécanismes de l'inconscient, des mémoires enfouies, des blessures transgénérationnelles. Le visage révèle ce qui ne peut se dire, ce que l'on cache. Il parle malgré nous des peurs, des désirs et des forces invisibles qui nous traversent et nous façonnent. Il en dit plus que ce dont nous avons conscience. Ce qui m'intéresse, c'est d'inscrire sur la toile l'instant dense et fugitif où l'âme s'échappe.

Pour le côté thérapie personnelle, ma démarche s'apparente à une tentative de réunification. Je prends toutes sortes de matières éparses pour en faire une unité harmonieuse. C'est une sorte de quête spirituelle : prendre en compte l'épars et créer une composition qui rassemble et dessine un chemin, une pensée, une proposition de voyage intérieur.

Votre série Femmes oppressées mêle concept, récit et émotion ?

Effectivement, j'ai créé des personnages textiles en volume que j'ai placés dans des poches transparentes avant de les écraser et de les faire saigner. C'est symbolique des oppressions faites aux femmes partout dans le monde. Quand je retire l'air, comme pour la conservation des aliments carnés, j'assiste à une métamorphose violente, inexorable. Les visages se fanent, se rident, se figent sous la feuille plastique. J'en libère ensuite certaines pour leur offrir une forme de résilience. Je les épingle comme des papillons avant de les encadrer. Le parcours de l'œuvre devient aussi intéressant que le résultat. Ces femmes oppressées puis épinglées sont à la fois décoratives et conceptuelles.

Comment le public accueille-t-il ce nouveau concept ?

Avec beaucoup d'émotion. Cette collection de femmes opprimées ne laisse personne indifférent. Je l'ai montrée pour la première fois lors d'une exposition au cours de l'été dernier. Des femmes ont pleuré, certaines se sont reconnues et m'ont confié leur parcours. J'avais préparé des textes pour présenter ma démarche, mais les œuvres parlent d'elles-mêmes. Nous portons les traces de notre passé, de nos emprises, mais aussi de nos espérances. Cette série est dans la continuité de mon travail car je n'ai jamais voulu dire autre chose.

La question qui se pose, c'est la suite : comment fait-on pour vivre avec des blessures visibles ou invisibles ? Peut-on guérir d'un traumatisme, se réparer, recoudre ses blessures et aller de l'avant ? Mes personnages sont à la croisée des chemins. Vont-ils sombrer, se reconstruire, voire renaître de leurs cendres ? J'appelle à la puissance que chacun peut contacter en soi.

L'aspect psychologique prend toute la place dans votre recherche singulière ?

L'aspect psychologique réside dans ma nature profonde. En mettant en scène des personnages seuls, en relation avec la nature, avec eux-mêmes, ou à deux, je m'intéresse à la relation que l'on entretient avec soi-même, à nos dialogues intérieurs, à nos hésitations du cœur. Je cherche à révéler, à dévoiler le mystère de nos fonctionnements. Par exemple, l'oiseau — dans ma série sur l'oiseau — représente l'émergence d'une idée qui vient de l'intérieur comme une révélation, ou de l'extérieur comme une proposition nouvelle qui va susciter un bouleversement. C'est un message : tout se joue en permanence, alors tout est possible.

Finalement, mon travail est une recherche et cette recherche est un voyage, celui que chacun fait au cours de sa vie pour se rapprocher de plus en plus de lui-même.

J'espère que de mes œuvres se dégage une certaine beauté, celle de l'harmonie, de l'apaisement, de la sérénité, ainsi qu'une poésie, celle du plaisir d'exister dans une ouverture au monde. C'est ce que je souhaite à tous : que chacun et chacune se glisse à l'intérieur de lui-même et accepte sa propre multitude, sa richesse intérieure infinie et que cette acceptation ouvre toutes les portes.

Regards critiques

« Objets de sa passion depuis toujours, les tissus ont remplacé les tubes de peinture de Katherine Roumanoff. Les premiers qui lui donnèrent l'idée de ses portraits gisaient en chutes au pied des costumes de théâtre de L'Avare qu'elle était en train de confectionner ; happée par ces morceaux de couleur et de lumière, elle en fit son premier tableau textile représentant Harpagon avec les morceaux mêmes de son costume. (…) Très sensible également à ce qu'expriment ces tissus d'ameublement de très grande qualité récupérés, ou offerts, Katherine Roumanoff se trouve avec chacun d'eux en résonance avec une époque, une histoire sociale, un contexte de fabrication, un mode d'impression ou de tissage (…) Ce voyage dans l'univers de l'artiste prend ses vraies couleurs au cœur de son atelier, au milieu des chutes éparpillées sur le sol et au gré des croquis qui ont parfois ébauché ses intentions. »— Nevad'Art, automne 2025
« Des toiles sculptées qui sont à mi-chemin entre le tableau et la sculpture, une technique mixte qui s'inscrit dans l'art contemporain du recyclage. Un exercice périlleux, plein d'audace où l'œil, s'il veut bien chercher, retrouve l'identité des objets obsolètes, abandonnés et réanimés au sein d'une œuvre d'une blancheur porcelaine. Dès lors le portrait prend toute sa splendeur et ne laisse à voir que l'expression emplie de poésie du visage magnifié. L'atelier de Katherine Roumanoff, véritable caverne d'Ali Baba, déborde de ressources en tout genre qui attendent, patiemment agglutinées, leur prochaine renaissance. »— Véronique Maksud, journaliste, magazine Burda
« Les choix de couleurs de l'artiste sont audacieux, superposés et chargés d'émotion. On y retrouve une compréhension claire de la façon dont les motifs floraux et les tons saturés interagissent pour créer une harmonie visuelle, même au sein d'une surface riche et complexe. Concernant les formes, les compositions globales reflètent un sens aigu de la forme et de l'équilibre, malgré la complexité de la superposition textile. La répétition et la variation des motifs floraux, géométriques et figuratifs créent un rythme visuel, permettant au regard de parcourir l'œuvre avec fluidité sans être submergé. La texture est l'élément technique le plus convaincant. L'artiste manipule magistralement le tissu, à la fois comme couleur et comme matériau, créant une surface à la fois tactile et picturale. Le choix du médium, vraisemblablement un mélange de coton, de soie, de brocart et possiblement de textiles recyclés, renforce la charge culturelle et émotionnelle de l'œuvre. De mon point de vue, la force du portfolio réside dans sa narration émotionnelle à travers la matérialité, et dans sa capacité à réinventer le portrait figuratif à l'aide de textiles, d'une manière à la fois culturellement résonnante et formellement innovante. L'œuvre de l'artiste s'adresse à un public large et exigeant, notamment aux collectionneurs et aux conservateurs d'art textile et fibreux, en particulier à ceux qui recherchent des œuvres alliant artisanat et profondeur conceptuelle. »— Ainhoa Fernández, curatrice, journaliste, avril 2025
« Le travail de Katherine Roumanoff vient de loin, il n'est pas né de rien, mais d'une longue lignée répertoriée dans les arts décoratifs et les beaux-arts, à la croisée des grandes civilisations et des antiques cultures : on en retrouve les traces dans l'art précolombien, dans l'art amérindien, dans l'art japonais ancien et contemporain (notamment chez Ayako Miyawaki), dans les techniques savantes des courtepointes américaines, chez les singuliers de l'art adeptes de l'arte povera, plus près de nous dans les collages cubistes de Picasso et de Braque, les papiers de Matisse bien sûr, les assemblages textiles de Sonia Delaunay, les travaux de couture surréalistes de Bona de Mandiargues, et bien d'autres encore. Katherine Roumanoff accomplit là une nouvelle variation de cet art, naïf et toujours inédit, où excellent ses mains virtuoses, mais où s'accomplissent surtout d'autres enjeux, plus profonds, plus spirituels. Il vient donc, cet art, de cultures lointaines mais encore du plus loin de soi-même. Rien n'est innocent dans la création : d'où l'artiste a-t-elle tiré les fils de ces portraits ? De quelles pelotes, de quelles bobines inconnues ? D'où viennent ces visages aux faux airs de Marie Laurencin, soudain apparus ? Il y a chez elle, n'en doutons pas, une lumière, une clarté, une naïveté au sens proche du terme, c'est-à-dire près de la naissance, que son visage trahit. Le second « métier » de Katherine Roumanoff est d'aider ses patients à atteindre apaisement et sérénité. Dès lors, l'on comprend mieux sa galerie de portraits : surgie de l'enfance, d'un printemps généreux, elle délivre des pans entiers d'un temps jamais disparu mais qui sommeille en nous. Katherine Roumanoff est ce que je pourrais appeler « une éveilleuse de l'enfance » : avec des ciseaux et des bouts de tissus rehaussés de peinture, avec humilité, elle retisse nos vies, elle les recoud d'une certaine manière, et nous rend à la joie des jours premiers, à l'émerveillement et à leur innocence, sans pour autant nous leurrer sur l'inévitable cruauté du temps qui passe. »— Alain Vircondelet, biographe, historien de l'art, février 2019
« Il y a de la féerie russe dans ce travail... comme celle que nous a fait connaître le jeune Kandinsky lorsqu'il est arrivé à Paris. Une poétique fantasque... Une sorte de baroque slave mélangée aux couleurs fauves. Matisse, Van Dongen, Gauguin... pour Katherine Roumanoff, ils représentent une pluie de réminiscences. Si elle avait vécu à l'aube du XXe siècle, elle aurait inventé le collage avant Picasso, utilisé le papier peint avant Braque. Mais peut-être pas. Le monde qu'elle crée est intime, tactile, féminin. Des centaines de personnages traversent son imaginaire. Rarement en pied, presque toujours de face, un à un, elle les place dans des rectangles et des carrés séparés, comme sur des icônes russes. Leur charmante existence consiste en morceaux de textile très colorés, découpés puis rejointoyés, rehaussés de peinture. Petits visages déformés, yeux dépareillés, accoutrement coquet et attributs, ses personnages ont l'allure d'étonnantes marionnettes qui portent en elles d'innombrables secrets. Découpés, superposés, les matériaux utilisés par Katherine Roumanoff associent une géométrie irrégulière à une poésie de la couleur. Plus que la simple peinture, les morceaux de tissus, souvent imprimés avec des motifs floraux, théâtralisent ses personnages. Ils deviennent ainsi palpables, émouvants et pittoresques. Mélancolie, panache, fraîcheur… »— Iléana Cornea, critique d'art, Paris, janvier 2007
« Les toiles de Katherine Roumanoff donnent à voir la complexité des êtres humains saisis dans un instant dense et fugitif. On peut y lire un destin : des traces de l'enfance à l'empreinte de l'âge mûr, le va-et-vient entre les désirs secrets, les bonheurs imaginés et les coups d'arrêt du désespoir. Ses portraits nous renvoient à ce que nous sommes en nous-mêmes, à la symphonie de nos émotions et à nos blessures secrètes. L'épaisseur des pièces de textiles assemblées dessine autant de rêves et de désirs. Comme ces personnages, nous sommes faits de pièces et de morceaux qui se sont assemblés au cours de notre histoire. Nos actions et nos pensées nous portent tantôt vers plus de cohérence, tantôt vers plus de conflits, et tout ce qui arrive s'inscrit sur la toile de notre vie et de notre caractère. C'est tout le mystère de la vie qui se trouve exposé. »— Colette Roumanoff, autrice

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