Biographie
Dans les années 70, ses parents importaient des vêtements et objets de décoration orientaux. Elle portait des gilets matelassés brodés, jouait à la marelle sur des tapis d'Afghanistan. Entourée de motifs, d'arabesques, elle aimait faire des voyages immobiles. Les matières venaient de loin et sentaient l'odeur des teintures végétales. Le textile était déjà chargé d'histoire, un langage avant d'être une pratique.
Jeune designer, c'est en confectionnant des costumes de théâtre — ceux de L'Avare — qu'elle ramasse les premières chutes de tissu d'ameublement qu'elle ne peut pas se résoudre à jeter et réalise son premier portrait. Les ciseaux remplacent les pinceaux. Les figures naissent directement dans la matière, sans esquisse préalable, comme des réminiscences.
Diplômée en design (Créapole-ESDI, Paris, 1992), passée par le studio de Jean-Charles de Castelbajac, elle développe pendant dix-sept ans sa propre marque de stylisme pour enfants — collections diffusées notamment dans le catalogue Vertbaudet.
Puis vient l'hypnose : une bifurcation décisive. Elle se forme, ouvre un cabinet pendant plus de dix ans, écrit sept ouvrages dont trois aux Éditions Eyrolles. L'inconscient devient son terrain de travail autant que ses ciseaux. Les femmes qu'elle accompagne en cabinet — leurs histoires enfouies, leurs résistances, leurs élans — nourrissent en retour ce que sa matière cherche à dire. L'hypnose et l'art textile ne sont pas deux vies séparées : ils parlent le même langage, celui de ce qui se tient sous la surface.
Elle se consacre pleinement à la création depuis 2024.
En 2026, une exposition solo de 1 200 m² aux Anciennes Écuries de Trélazé (49) accueille plus de 3 000 visiteurs.
Le Prix LelivredArt au Salon d'Automne de Paris — 17 lauréates retenues sur environ 1 000 candidatures, lui est décerné pour la section Art Naïf.
Première commande institutionnelle : 30 grands formats en espace public à Angers, visibles jusqu'au 4 septembre 2026.

Démarche
Le féminin comme fil conducteur
Tout commence par un état intérieur — une réminiscence, un débordement, ce que Peter Brook appellerait un sombre pressentiment. Quelque chose qui insiste, qui demande à être déposé, exploré, rendu visible à mes propres yeux.
Alors vient le tissu. Je le collectionne, je l'accumule. Il murmure à mon oreille, il appelle mes mains. Comme les personnages d'un roman qui viendraient chercher leur auteur au cœur de la nuit, il veut exister. Brocarts, velours, toiles d'ameublement venues du monde entier — chaque tissu porte une époque, une culture, un savoir-faire, une classe sociale. Il dit ce que nous voulons montrer, comment nous voulons être vus, ce que nous prétendons être.
Mes portraits cherchent autre chose. Ils veulent atteindre la vérité d'un sentiment — ce qui est caché ou dévoilé à soi-même, là où tout se joue vraiment.
La création elle-même n'est pas une prise de risque. C'est un consentement : accepter d'entrer dans le flux, de laisser libre cours à ce qui me traverse et me dépasse. Les ciseaux découpent directement dans la matière, sans esquisse préalable. Dans une transe extatique, la figure émerge.
Les portraits textiles traversent toute ma pratique comme un fil continu — trente ans de figures sensibles, de présences intérieures, de corps qui portent leur histoire. À partir d'eux, mes séries se succèdent, chacune ouvrant un territoire nouveau, poussant plus loin une même question : le corps féminin, ce qu'il supporte, ce qu'il cache, ce qu'il finit par affirmer. Plus de dix ans passés à accompagner des femmes en hypnothérapie ont nourri cette recherche — l'inconscient, les mémoires enfouies, ce qui se tient sous la surface sont aussi des matériaux.
J'écris des histoires de sentiment d'être, je donne à voir des états.
Regards critiques
Presse & textes critiques
Nevad’Art,
— automne 2025
Portraits cousus de sens et de lumière
Entretien avec Katherine Roumanoff
Depuis trente ans, Katherine Roumanoff vit et travaille au bord de la Loire, à proximité d’Angers.
Artiste pluridisciplinaire, tour à tour designer, illustratrice et autrice, elle puise dans son amour profond des tissus pour composer des personnages en quête de réconciliation.Les textiles occupent une place centrale dans son travail. Bien plus qu’un matériau, ils constituent un langage à part entière, porteur de cultures, de savoir-faire et de mémoires. Motifs, arabesques, répétitions, pleins et vides, couleurs et matières dialoguent pour donner naissance à des figures sensibles, façonnées par l’histoire des tissus autant que par celle des corps qu’ils incarnent.
De la naissance au linceul, le textile enveloppe, protège et accompagne les êtres humains. C’est dans cette proximité intime avec la matière que s’ancre la démarche artistique de Katherine Roumanoff, où chaque portrait devient un espace de résonance entre forme, émotion et mémoire.

Ainhoa Fernández
Curatrice, journaliste
— avril 2025
« La force du travail de Katherine Roumanoff réside dans sa narration émotionnelle à travers la matérialité, et dans sa capacité à réinventer le portrait figuratif à l’aide du textile, d’une manière à la fois culturellement résonnante et formellement innovante. »
« La texture est l’élément technique le plus convaincant. L’artiste manipule le tissu à la fois comme couleur et comme matériau, créant une surface à la fois tactile et picturale. »
« Les compositions reflètent un sens aigu de la forme et de l’équilibre, malgré la complexité de la superposition textile, permettant au regard de parcourir l’œuvre avec fluidité. »
Alain Vircondelet
Biographe, historien de l’art — février 2019
« Le travail de Katherine Roumanoff vient de loin. Il s’inscrit dans une longue lignée à la croisée des grandes civilisations et des cultures anciennes, tout en accomplissant une variation nouvelle, naïve et toujours inédite. »
« Il y a chez elle une lumière et une grâce singulières. Avec des ciseaux et des bouts de tissus rehaussés de peinture, elle retisse nos vies et nous rend à l’émerveillement et à l’innocence, sans nous leurrer sur la cruauté du temps qui passe. »
Iléana Cornea
Critique d’art
— janvier 2007
« Le monde que Katherine Roumanoff crée est intime, tactile, féminin. Ses personnages, découpés et assemblés dans des textiles très colorés, portent en eux d’innombrables secrets. »
« Les matériaux associent une géométrie irrégulière à une poésie de la couleur, théâtralisant les figures et leur donnant une présence à la fois palpable et émouvante. »
Colette Roumanoff
- Auteur
« Les portraits de Katherine Roumanoff donnent à voir la complexité des êtres humains saisis dans un instant dense et fugitif, où se mêlent désirs, blessures et symphonie des émotions. »
Véronique Maksud
Journaliste — Magazine Burda
« Les tissus ont remplacé les tubes de peinture. Chaque matière entre en résonance avec une époque, une histoire sociale, un contexte de fabrication, révélant toute la profondeur du travail de l’artiste. »
France 3 — ITV
Rétrospective Katherine Roumanoff, musée d’art contemporain Bohin
80 œuvres exposées. Portraits textiles inscrits dans une démarche d’art singulier et de réemploi, mettant en lumière une recherche plastique et humaine de long terme.
Ouest France
— 2021
« Des toiles-sculptures à mi-chemin entre tableau et sculpture, où des objets obsolètes sont réanimés dans une œuvre d’une grande poésie et d’une forte exigence plastique. »