KATHERINE ROUMANOFF
Artiste Plasticienne
Démarche
Le féminin comme fil conducteur
À travers le textile, j’explore le corps féminin comme un lieu d’inscription des contraintes, des silences et des mémoires. Le corps n’y apparaît pas comme une image à représenter, mais comme une surface sensible, traversée par des tensions intérieures, des pressions invisibles et des états psychiques.
Mon travail s’est développé à partir du portrait textile, conçu comme une forme plastique à part entière. Par la découpe, l’assemblage et le travail direct dans la matière, sans esquisse préalable, la figure émerge progressivement. Le textile, par sa proximité avec la peau, introduit une relation immédiate au corps, au geste et au temps.
Les premières recherches ont porté sur des corps contraints, soumis à des forces diffuses mais persistantes. Ces figures révèlent des mécanismes d’effacement, de compression et de limitation des possibles, inscrits dans la matière même de l’œuvre. La contrainte n’y est pas spectaculaire ; elle agit de manière prolongée, silencieuse, jusqu’à altérer l’expression et la présence.
Progressivement, le travail s’est déplacé vers des formes de fixation plus visibles. Le corps est alors maintenu, retenu, parfois épinglé à la surface, exposé dans une tension extrême entre apparition et disparition. Ce déplacement ne constitue pas une rupture, mais un resserrement de la recherche : une manière de rendre perceptible ce qui, jusque-là, demeurait diffus.
Parallèlement, d’autres séries et formes se sont développées, ouvrant le travail vers de nouveaux territoires plastiques. Les toiles-sculptures prolongent cette recherche hors du textile, en engageant le volume, l’espace et la relation au corps autrement. Chaque déplacement de médium ou de forme reste néanmoins relié au même noyau : interroger le corps féminin comme lieu de mémoire, de subjectivation et de résistance.
Mon travail ne cherche pas à raconter des histoires individuelles ni à illustrer des situations. Il donne à voir des états : des corps traversés par des systèmes sociaux, culturels et politiques, mais aussi capables de tenir, de résister, d’affirmer une présence. Le regard est invité à une expérience de résonance, où ce qui se donne à voir ouvre un accès au monde intérieur, sans jamais le figer.

Regards critiques
Presse & textes critiques
Ainhoa Fernández
Curatrice, journaliste
— avril 2025
« La force du travail de Katherine Roumanoff réside dans sa narration émotionnelle à travers la matérialité, et dans sa capacité à réinventer le portrait figuratif à l’aide du textile, d’une manière à la fois culturellement résonnante et formellement innovante. »
« La texture est l’élément technique le plus convaincant. L’artiste manipule le tissu à la fois comme couleur et comme matériau, créant une surface à la fois tactile et picturale. »
« Les compositions reflètent un sens aigu de la forme et de l’équilibre, malgré la complexité de la superposition textile, permettant au regard de parcourir l’œuvre avec fluidité. »
Alain Vircondelet
Biographe, historien de l’art — février 2019
« Le travail de Katherine Roumanoff vient de loin. Il s’inscrit dans une longue lignée à la croisée des grandes civilisations et des cultures anciennes, tout en accomplissant une variation nouvelle, naïve et toujours inédite. »
« Il y a chez elle une lumière et une grâce singulières. Avec des ciseaux et des bouts de tissus rehaussés de peinture, elle retisse nos vies et nous rend à l’émerveillement et à l’innocence, sans nous leurrer sur la cruauté du temps qui passe. »
Iléana Cornea
Critique d’art
— janvier 2007
« Le monde que Katherine Roumanoff crée est intime, tactile, féminin. Ses personnages, découpés et assemblés dans des textiles très colorés, portent en eux d’innombrables secrets. »
« Les matériaux associent une géométrie irrégulière à une poésie de la couleur, théâtralisant les figures et leur donnant une présence à la fois palpable et émouvante. »
Colette Roumanoff
- Auteur
« Les portraits de Katherine Roumanoff donnent à voir la complexité des êtres humains saisis dans un instant dense et fugitif, où se mêlent désirs, blessures et symphonie des émotions. »
Presse & médias
Véronique Maksud
Journaliste — Magazine Burda
« Les tissus ont remplacé les tubes de peinture. Chaque matière entre en résonance avec une époque, une histoire sociale, un contexte de fabrication, révélant toute la profondeur du travail de l’artiste. »
France 3 — ITV
Rétrospective Katherine Roumanoff, musée d’art contemporain Bohin
80 œuvres exposées. Portraits textiles inscrits dans une démarche d’art singulier et de réemploi, mettant en lumière une recherche plastique et humaine de long terme.
Ouest France
— 2021
« Des toiles-sculptures à mi-chemin entre tableau et sculpture, où des objets obsolètes sont réanimés dans une œuvre d’une grande poésie et d’une forte exigence plastique. »
Nevad’Art,
— automne 2025
Portraits cousus de sens et de lumière
Entretien avec Katherine Roumanoff
Depuis trente ans, Katherine Roumanoff vit et travaille au bord de la Loire, à proximité d’Angers.
Artiste pluridisciplinaire, tour à tour designer, illustratrice et autrice, elle puise dans son amour profond des tissus pour composer des personnages en quête de réconciliation.Les textiles occupent une place centrale dans son travail. Bien plus qu’un matériau, ils constituent un langage à part entière, porteur de cultures, de savoir-faire et de mémoires. Motifs, arabesques, répétitions, pleins et vides, couleurs et matières dialoguent pour donner naissance à des figures sensibles, façonnées par l’histoire des tissus autant que par celle des corps qu’ils incarnent.
De la naissance au linceul, le textile enveloppe, protège et accompagne les êtres humains. C’est dans cette proximité intime avec la matière que s’ancre la démarche artistique de Katherine Roumanoff, où chaque portrait devient un espace de résonance entre forme, émotion et mémoire.
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